En Espagne, le débat sur la mobilité durable s'articule généralement autour des voitures électriques. Cependant, tandis que le réseau de recharge se développe et que l'industrie ajuste son rythme, le pays explore d'autres pistes susceptibles de compléter, voire de couvrir, les secteurs où l'électrification présente des limites évidentes. Trois groupes se distinguent : les biocarburants avancés , l'HVO et les carburants de synthèse ou e-carburants . Ils partagent tous le même objectif : réduire les émissions sans nécessiter le renouvellement complet du parc automobile actuel.
Vous trouverez ci-dessous un aperçu détaillé de ce qui se fait en Espagne, des acteurs qui pilotent ces initiatives et des problèmes concrets qui ralentissent ou accélèrent chaque alternative.
Qu’est-ce qu’un biocarburant avancé et pourquoi l’Espagne les surveille-t-elle de près ?
Les biocarburants avancés sont produits à partir de déchets : huiles de cuisson usagées, résidus de biomasse, sous-produits agricoles ou fractions organiques difficiles à valoriser par d’autres moyens.
Contrairement aux biocarburants de première génération (par exemple, le biodiesel issu de cultures spécifiques), ceux-ci ne concurrencent pas l'utilisation alimentaire.
En Espagne, l'intérêt qu'ils suscitent s'explique par cinq facteurs :
- Disponibilité des déchets locaux. Le pays produit d'importants volumes d'huiles usagées et de déchets végétaux, ce qui permet une filière de production relativement locale.
- Compatibilité avec les véhicules actuels. L’objectif pratique : réduire les émissions de CO₂ sans imposer le remplacement de millions de voitures et de camions.
- L'industrie du raffinage est déjà établie. La conversion partielle des raffineries facilite la mise en œuvre sans repartir de zéro.
- Bonne acceptation dans le transport lourd, notamment dans la logistique, les autobus urbains et les machines industrielles.
- Impulsion européenne. La réglementation actuelle impose des quotas obligatoires pour les énergies renouvelables dans les transports.
Elles ne résolvent pas le problème à elles seules, mais elles contribuent à réduire les émissions dans des secteurs qui pourraient difficilement être électrifiés à court terme.
HVO : le diesel renouvelable qui circule déjà en Espagne
L’huile végétale hydrotraitée (HVO) est un type spécifique de biocarburant avancé. Son nom technique peut paraître complexe, mais sa fonction est simple : agir comme un diesel renouvelable aux propriétés quasi identiques à celles du diesel fossile.
Comment il est produit
L'HVO est obtenu par hydrogénation d'huiles végétales usagées ou de graisses résiduelles. Il en résulte un carburant stable à bonne combustion, pouvant être mélangé au diesel conventionnel ou le remplacer directement ( HVO100 lorsqu'il est 100 % renouvelable).
Que se passe-t-il en Espagne ?
Ces dernières années, plusieurs initiatives ont été lancées :
- bioraffineries axées sur les déchets pour produire du HVO à l'échelle industrielle ;
- services de distribution pour les flottes professionnelles , notamment le transport longue distance ;
- Des pompes dédiées dans certaines stations commencent à distribuer du HVO100 pour les camions, les bus ou les machines.
Bien que son utilisation ne soit pas encore généralisée auprès du grand public, sa croissance est constante. Plusieurs entreprises espagnoles fournissent de l'HVO à des entreprises et à des projets pilotes de mobilité urbaine.
Pourquoi cela suscite-t-il un tel intérêt ?
L'attrait de l'HVO repose sur trois points :
- Réduction des émissions : les émissions de CO₂ peuvent être considérablement réduites lorsqu'elles sont produites à partir de déchets.
- Compatibilité totale : les moteurs diesel actuels peuvent l'utiliser sans modifications.
- Application concrète dans le transport lourd : l’électrification d’une semi-remorque longue distance reste un défi logistique.
Ses limitations
Rien n'est parfait. Ses principaux problèmes :
- Disponibilité des matières premières : le volume de déchets est limité et une partie est importée.
- Son coût est supérieur à celui du diesel conventionnel : sa production reste plus onéreuse.
- Évolutivité : une bonne option pour les marchés de niche, mais difficile à transformer en solution de masse pour le pays.
Malgré cela, l'HVO s'impose comme la technologie renouvelable la plus « prête à l'emploi » dans des secteurs spécifiques.
Carburants synthétiques (e-carburants) : l’alternative la plus ambitieuse et la plus controversée
Les carburants de synthèse , ou e-carburants, sont fabriqués en combinant de l'hydrogène vert (produit à partir d'électricité renouvelable) avec du CO₂ capturé . Ce mélange permet de synthétiser un carburant liquide utilisable dans les moteurs à combustion. Leur intérêt est évident : ils permettent à certains moteurs à combustion interne de continuer à fonctionner sans émettre de CO₂ net .
Que se passe-t-il en Espagne ?
L'Espagne possède l'un des projets les plus avancés d'Europe : une usine pilote produisant des carburants de synthèse à partir d'hydrogène vert et de CO₂ recyclé . Cette installation sert de laboratoire pour l'extrapolation et la réduction des coûts. Par ailleurs, des projets de recherche sont menés en collaboration avec des universités et des centres technologiques afin d'améliorer l'efficacité de ces procédés.
La véritable force de cette technologie
Les e-carburants excellent dans trois domaines :
- Neutralité carbone théorique. À condition que l'électricité utilisée soit renouvelable.
- Application dans des secteurs exigeants : aviation, transport maritime ou véhicules de collection.
- Compatibilité avec les moteurs existants. Peut être utilisé dans les moteurs déjà fabriqués.
Problèmes qui restent non résolus
Cet enthousiasme est tempéré par plusieurs barrières :
- Coût au litre très élevé. Production complexe et énergivore.
- Dépendance à une électricité renouvelable abondante. En l'absence de surplus, cela n'a aucun sens économique.
- Faible rendement global. Une grande quantité d'énergie est nécessaire pour produire un litre de carburant.
- Limité aux marchés de niche. Une adoption massive serait prohibitivement coûteuse pour l'utilisateur.
Pour l'instant, son rôle est davantage orienté vers des secteurs qui n'ont pas d'alternative claire, comme l'aviation et le transport maritime, que vers l'automobile.
La position de l'Espagne dans ce casse-tête énergétique
L’Espagne a su trouver sa place dans cette transition pour plusieurs raisons :
Augmenter les capacités renouvelables
Le pays continue de développer ses capacités de production d'énergie solaire et éolienne, ce qui, à moyen terme, peut contribuer à générer l'hydrogène nécessaire aux futurs carburants électroniques ou à soutenir la production de biocarburants avancés.
Conversion de raffinerie
Plusieurs raffineries adaptent une partie de leurs infrastructures pour produire des carburants renouvelables. Cela accélère le processus et réduit les investissements par rapport à la construction d'installations neuves.
économie circulaire
L'utilisation des déchets comme matière première améliore la durabilité du processus et génère de la valeur locale.
Quotas et réglementation
La réglementation européenne impose l'utilisation d'un certain pourcentage de carburants renouvelables dans les transports. Ceci incite les entreprises espagnoles à innover pour rester compétitives.
collaboration public-privé
Les projets pilotes, les installations de démonstration et le soutien à la recherche et au développement ont constitué un écosystème en évolution rapide.
Ces alternatives peuvent-elles remplacer la voiture électrique ?
La réponse directe est non . Ce ne sont pas des substituts à l'électrification, mais plutôt un complément. Chaque option a un rôle différent :
- Électrique : idéal pour les voitures particulières, l'usage urbain et les flottes légères.
- HVO : utile dans les camions, les bus ou les machines où le remplacement de l’ensemble du parc serait impossible.
- Biocarburants avancés : transition rapide pour les secteurs professionnels.
- Carburants électroniques : des créneaux où l’électrification est presque impossible.
Tenter de les placer tous au même niveau d'application crée des attentes irréalistes. L'approche réaliste consiste à analyser où chacun apporte le plus de valeur ajoutée.
Là où ils ont un rôle stratégique en Espagne
transport routier lourd
L'HVO offre une solution directe avec un impact immédiat sur les émissions.
Aviation
Les carburants d'aviation renouvelables (SAF), qui reposent en partie sur des technologies similaires aux e-carburants, sont une priorité pour les infrastructures aéroportuaires espagnoles.
Transport maritime
L'électrification n'est pas envisageable sur les grands navires, les carburants synthétiques pourraient donc s'avérer essentiels.
machines agricoles et industrielles
Ce sont des secteurs où le remplacement de l'ensemble de la flotte est complexe et coûteux.
flottes municipales
La collecte des ordures, le nettoyage urbain ou les bus peuvent réduire les émissions sans nécessiter de temps de recharge ni d'infrastructures complexes.
Que faut-il pour que ces solutions puissent véritablement se généraliser ?
- Une plus grande disponibilité des déchets locaux pour éviter la dépendance extérieure.
- Réduction des coûts grâce à l'amélioration des processus et aux économies d'échelle.
- Augmentation de la production d'énergies renouvelables pour soutenir la fabrication d'hydrogène vert.
- Une réglementation stable qui permet aux entreprises d'investir sans incertitude.
- La participation des utilisateurs finaux est essentielle pour générer une réelle demande en carburants renouvelables.

Conclusion
L'Espagne teste des alternatives aux véhicules électriques qui ne visent pas à les remplacer, mais plutôt à combler les lacunes là où ils ne sont pas encore disponibles. Les biocarburants avancés et l'HVO sont prêts à être utilisés dans certains secteurs, tandis que les carburants de synthèse progressent plus lentement, mais présentent un potentiel dans les domaines où l'électrification serait difficilement envisageable.
Ces trois technologies ont un point commun essentiel : aucune ne constituera la solution unique. L’avenir énergétique de l’Espagne reposera sur une combinaison d’électricité, d’énergies renouvelables et d’efficacité énergétique, chacune ayant sa place. Ce qui est certain, en revanche, c’est que le pays a déjà entrepris d’explorer ces pistes avec des projets concrets, une industrie préparée et une approche pragmatique : améliorer l’existant tout en construisant l’avenir.


